Gestion
Vendre des produits en auto-entrepreneur : stock, prix de revient et marge, sans tableur
Vendre un produit, c’est trois chiffres à connaître : ce qu’il vous coûte vraiment, ce qu’il vous reste et combien il vous en reste. La plupart n’en suivent qu’un.
Par l’équipe SoloGestion · · mis à jour le 19 octobre 2026 · 7 min de lecture

Céramiste, couturière, revendeur de pièces, créateur de bijoux, producteur d’huile d’argan, épicier fin : vous vendez des produits, et vous relevez du plafond de 500 000 DH des activités commerciales, industrielles et artisanales, avec un impôt de 0,5 % sur le chiffre encaissé. La fiscalité est simple, plus simple que pour les services. La gestion, elle, a trois pièges, et chacun se referme sur un chiffre que vous ne suivez pas. Cet article les prend un par un, avec la méthode pour en sortir, puis les règles propres à la facture de produits. La catégorie exacte de votre activité se vérifie dans la liste officielle.
Piège 1 : ne pas connaître son prix de revient
Le prix de revient d’un produit, ce n’est pas le prix de la matière. C’est la matière, plus l’emballage, plus la part du loyer de l’atelier et de l’énergie, plus votre temps à un tarif horaire que vous accepteriez d’être payé par quelqu’un d’autre. Un sac en cuir « à 180 DH de matière » qui demande quatre heures de travail ne peut pas se vendre 350 DH : à 60 DH de l’heure, il coûte déjà 420 DH avant l’emballage. Calculez-le une fois par produit, sérieusement, et revoyez-le quand une fourniture augmente.
Si vous achetez vos produits pour les revendre, le prix de revient bouge à chaque achat : le même article acheté 100 DH en mars et 112 DH en juin n’a pas un coût fixe. La méthode robuste est le coût moyen pondéré : chaque entrée en stock recalcule le coût moyen de ce qu’il vous reste. Dix pièces à 100 DH en stock, dix pièces reçues à 112 DH : le coût moyen passe à 106 DH, et c’est ce chiffre qui sert à calculer la marge des prochaines ventes. C’est ce que fait un logiciel de stock à chaque réception, sans que vous y pensiez.
Piège 2 : la marge au lieu du coefficient
Vendre un produit acheté 100 DH à 150 DH, ce n’est pas « 50 % de marge ». C’est 50 DH de marge, soit 33 % du prix de vente. La nuance devient importante quand vous accordez une remise de 20 % à un revendeur : le prix tombe à 120 DH, la marge à 20 DH. Vous avez divisé votre gain par 2,5 pour une remise qui semblait modeste. Raisonnez en dirhams de marge par pièce, fixez une remise maximale que vous ne dépassez pas, et vérifiez-la sur chaque devis de revendeur avant de l’envoyer.
Piège 3 : le stock que l’on découvre en comptant
Un stock se tient en mouvements, pas en inventaires : chaque achat l’augmente, chaque vente le diminue, chaque casse, perte ou cadeau est noté. Le total à l’instant t découle des mouvements. Si vous ne comptez qu’en fin d’année, vous découvrez l’écart sans savoir d’où il vient, et l’écart est toujours dans le mauvais sens. Avec un seuil d’alerte par produit (par exemple cinq pièces pour un article qui met trois semaines à être réapprovisionné), vous commandez avant la rupture, pas après la vente manquée.
Les variantes
Un t-shirt en quatre tailles et trois couleurs, c’est douze produits, pas un. Chaque variante a son stock, son seuil, et parfois son coût. Regrouper les variantes en un seul article est la première cause d’inventaire faux chez les créateurs textiles.
La facture de produit
Une facture de vente de produits porte les mêmes mentions obligatoires qu’une facture de prestation, avec un détail par ligne : désignation, variante (taille, couleur), quantité, prix unitaire, total de ligne. Si vous vendez à des particuliers sur un marché ou en boutique, un ticket ou un reçu suffit, mais l’encaissement doit être enregistré comme les autres, le jour même pour les espèces. Le chiffre encaissé en espèces compte pour le plafond et pour l’impôt exactement comme un virement.
Vendre à un revendeur ou à une entreprise
La facture porte l’ICE du client, et les montants comptent dans le cumul de ce client pour la retenue à la source au-delà de 80 000 DH par an. Un revendeur régulier qui vous achète 8 000 DH par mois franchit le seuil en octobre : prévoyez-le dans vos prix.
Deux chiffres à regarder chaque mois
- La marge réelle du mois : ventes encaissées moins le coût de revient des produits vendus. C’est ce que vous gagnez, pas le chiffre d’affaires. Un mois à 30 000 DH de ventes avec 24 000 DH de coût de revient vaut moins qu’un mois à 20 000 DH avec 9 000 DH.
- La valeur du stock : ce que vous avez immobilisé en matière et en produits finis. Si elle monte alors que les ventes stagnent, vous fabriquez ou vous achetez trop, et votre trésorerie dort sur une étagère.
Le plafond de 500 000 DH, vu d’un commerce
Avec des produits, le chiffre d’affaires monte vite parce qu’il inclut le coût des marchandises : vendre pour 500 000 DH avec 35 % de marge, c’est gagner 175 000 DH avant vos frais. Le plafond arrive donc plus tôt qu’on ne le croit pour un commerce qui marche. Suivez-le comme les prestataires suivent le leur, et lisez ce qui se passe quand on le dépasse avant d’y être. Les commerçants et les artisans ont chacun leur page sur ce que SoloGestion fait pour eux.
Questions fréquentes
- Un artisan qui vend ses créations est-il en services ou en commerce ?
- En artisanat, donc sous le plafond de 500 000 DH et au taux de 0,5 %, si l’activité choisie dans la liste officielle est une activité artisanale. Vérifiez l’intitulé exact dans la liste des activités.
- Dois-je faire une facture pour chaque vente sur un marché ?
- Un ticket ou un reçu suffit pour un particulier, mais chaque encaissement doit être enregistré, le jour même pour les espèces. Pour une entreprise ou un revendeur, une facture complète avec son ICE.
- Comment calculer le coût moyen d’un produit acheté à des prix différents ?
- Coût moyen pondéré : (stock restant × ancien coût + quantité reçue × nouveau coût) ÷ (stock restant + quantité reçue). Un logiciel de stock le recalcule à chaque réception.
- La TVA sur mes achats est-elle récupérable ?
- Non. L’auto-entrepreneur n’est pas assujetti à la TVA : il ne la facture pas et ne la récupère pas. Le prix d’achat TTC est votre coût réel.